Enfin vivre, prises de consciences et accouchement
Je dis souvent à mes clients qu’il y a autant de stratégies qu’il y a d’humains sur la planète.
C’est vrai pour le business, mais aussi pour notre façon de vivre. Il y a autant de façons de vivre qu’il y a d’humains, de couples, de familles …
Pour moi, le cheminement a commencé en 2020, je célébrais mes 21 ans dans ma nouvelle maison avec mon copain, ma famille et comme je suis née le 15 mars, notre party était rempli d’incertitude ; on commençait à parler de Covid-19, de potentiel confinement…
Pour ma part, je commençais aussi le lendemain la deuxième semaine de formation d’un nouvel emploi ; ma formation était à Montréal, moi de Québec, je restais donc dans un hôtel pendant toute la semaine et ayant des personnes immunosupprimées dans mon entourage, j’étais bien anxieuse.
Je suis partie le lendemain matin, toute seule dans mon auto, angoissée, je me disais que j’avais pas le choix,
j’avais un engagement, donc mon temps ne m’appartenait pas,
je ne pouvais surtout pas décevoir mon nouvel employeur.
Spoiler ; on a pas fini la semaine de formation à Montréal, on avait plus de plan de formation qui tenait, pas d’ordi de fournis et le bureau de Québec était aussi fermé. L’entreprise n'était pas prête à nous former à distance, puisque cette situation n’avait jamais été envisagée, comme probablement bien des entreprises qui ont dû s'adapter à cette nouvelle réalité quand on est tombés en confinement. On a donc eu une formation à temps partiel, sans équipement adéquat sur nos ordinateurs personnels, avec des appels conférences sur nos cell pour suivre une présentation PowerPoint…
Et c’est là que j’ai goûté la première fois à une liberté et une flexibilité d’horaire ;
je suis tombée en télétravail, aucun horaire parce qu’on ne savait pas quoi faire… Ça été ça pour quelques semaines, jusqu’à ce que l’employeur soit dans le gros jus et nous place sur le «terrain» virtuel chacun dans nos maisons.
À l’arrivée de l’été, surchargée dans un emploi pour lequel je n’avais pas ou peu de formation, j’ai craqué, burn-out. Ça été mon premier moment, mon premier signe ; je pourrais pas vivre comme ça toute ma vie.
Je me suis donc trouvée un emploi dans un domaine qui me fascinait depuis mon enfance,
en me disant que si j’étais passionnée, ce serait peut-être différent, je serais peut-être plus heureuse malgré que je gagnais 10$/h de moins. L’argent était rendu secondaire, j’avais 21 ans et besoin d’être heureuse. Je suis donc devenue gestionnaire dans le domaine des cosmétiques pour une multinationale.
En parallèle, j’étudiais en relations industrielles à l’université, je n'avais pas vraiment de plan pour ces études-là, je voulais juste un diplôme universitaire. Après une dizaine de mois dans le domaine des cosmétiques, je ne voyais presque plus mon copain, qui avait un horaire à l’opposé du mien. J'ai alors eu une opportunité en RH dans une grosse entreprise Québécoise.
J’étais définitivement impressionnée par l’ampleur de cette entreprise qui avait des dizaines de filiales et des centaines d’employés et qui pourtant le PDG approuvait chaque embauche. J’avais une semaine de 35h à mon contrat, mais en réalité j’en travaillais une trentaine de minutes par jour dans mon sous-sol, le reste je quêtais du travail à ma gestionnaire et à mes collègues sans jamais avoir quelqu’un qui avait besoin d’aide.
Et à ce moment-là je vois une pub et du contenu en lien avec le métier d’adjointe virtuelle. Je m’inscris sur un site de pigistes et, BINGO, je décroche 3 mandats.
J’ai eu mon deuxième moment de prise de conscience : et si je pouvais créer un horaire avec un revenu qui soit représentatif de mes capacités ainsi que de ma volonté?
C’est donc tout juste après mes 23 ans que j’ai lancé ma première entreprise. Après quelques mois et des contrats récurrents, j’ai laissé mon emploi «stable».
Au printemps 2023, à quelques semaines de célébrer les 1 an de mon entreprise, je me fais annoncer que je suis infertile.
Je ne pourrais pas avoir d’enfant sans avoir de recours médical.
Ça m'a scié les deux jambes.
Remise en question et déception qui s’en sont suivies. Depuis presque 4 ans que mon copain et moi avions l’ambition de devenir parents, depuis 3 ans que nous cumulons les tests négatifs et les faux espoirs. Il a dans ses ambitions de vie d’être papa et je ne peux pas lui permettre de vivre cette ambition. Je suis déçue de moi-même, j’ai l’impression que mon corps me trahit. Moi aussi, je veux être maman, ça fait partie de mes rêves, de mes aspirations, de ma vision de mon futur. Mais aussi, qu’est-ce que ça veut dire pour mon couple?
Cette relation qu’on a bâtie, les personnes qu’on est devenues grâce à l’un et l’autre, nos rêves communs, nos projets, la maison…
« On va être des parents de chats et on verra plus tard si d’autres options s’offrent à nous.»
Pour mon copain, me laisser pour ça n’a jamais été une option et malgré tout l’amour que je lui portais déjà, c’est à ce moment-là que j’ai su qu’il n’y avait rien au monde qui pourrait nous séparer.
Malgré que ma relation n’était pas en danger, ma santé mentale en a pris un méchant coup. J’avais un deuil à vivre.
Et j’avais aussi besoin de l’annoncer à ma famille, qui m’a d’ailleurs offert un support incroyable.
J’étais plus en mesure de faire mes mandats, ma tête était littéralement dans une tornade. J’ai fini par me trouver un emploi dans une entreprise connexe à l’entrepreneuriat, j’avais besoin de guérir.
Et bien, à ma plus grande surprise, le jour où j’ai signé mon contrat “de travail” j’ai aussi appris que…J’allais devenir maman.
J’ai donc avisé mon nouvel employeur de la bonne nouvelle, je me voyais mal leur annoncer quelques semaines/mois plus tard, je trouvais ça malhonnête. J’ai été salariée jusqu’à mon accouchement et vu la grossesse difficile, ça été pratique.
Après mon accouchement, j’ai dit à mon copain que je voulais prendre au moins un mois à «rien» faire d’autre qu’être avec eux, prendre le temps d’apprivoiser notre réalité de famille à trois.
La première semaine s’est tellement bien passée, on faisait des activités, des sorties.
La deuxième, on est resté davantage à la maison.
La troisième, je sentais la déprime prendre le dessus sur cette période si joyeuse.
J’ai donc dit à mon conjoint que j’allais recommencer à travailler dans mon entreprise, sans prendre de mandats pour le moment, simplement parce que psychologiquement j’avais besoin d’être stimulée et d’avoir des défis.
On a vite réalisé que les treize semaines de congé parental de mon copain étaient pas si longues finalement. On commençait vraiment à se plaire dans notre mode de vie, lui qui s’occupe plus de la maison et moi plus de mon entreprise pendant les siestes, profiter des moments ensemble, les siestes collés avec notre coco…
Ça n'a pas été long que les mandats sont arrivés à moi sans même que je fasse de la prospection.
Et c’est là que j’ai eu une troisième réalisation : pourquoi papa devrait retourner travailler si on est en mesure de subvenir à nos besoins sans ce salaire ? Pourquoi notre fils devrait-il absolument aller à la garderie et ainsi manquer pleins de “premières fois”, ce temps si précieux qu’on pourra jamais ravoir?
C’est après une bonne réflexion et des soirées à discuter ensemble qu’on a pris la décision que mon copain resterait à la maison, il devait aviser son employeur du moment où il retournerait au travail. Il l’a finalement avisé qu’il n’y retournerait tout simplement pas. Je ne l’avais pas vu autant heureux et épanoui en 6 ans de relation que dans cette réalité.
On étaient maintenant sortis du moule de la société : maman qui travaille, papa qui est à la maison. Pas vous mentir, ce n’est pas traditionnel de voir un papa qui reste à la maison, beaucoup ne comprenaient pas.
À ce stade-là, notre parentalité nous avait permis de gagner assez de confiance en nous, notre relation et notre famille pour assumer notre décision ainsi que notre modèle familial.
Et on aurait jamais pu prévoir la suite…
Vers les huit mois de notre fils, mon copain a décidé de faire de la guimauve à la maison, il avait vu un Tiktok et ça avait l'air pas mal «cool» à faire.
Moi, tant que bébé dormait et que je pouvais réaliser mes mandats, j’étais dans une grosse période, je trouvais ça original.
Faut aussi dire que la guimauve, c’est la seule chose que je pouvais manger tout au long de ma grossesse et que c’est un aliment que j’aime beaucoup. Il en a fait une blanche au goût de guimauve normale, puis je lui ai proposé d’en faire une à la pistache, et s’en est suivie une série d’expériences pour travailler la texture et le goût.
Puis finalement est venue la fameuse question :
T’es-tu game qu’on lance une entreprise de guimauve artisanale?
(On se rappelle la période achalandée de mon côté?)
Ma réponse : Okay, trouve-nous des ressources, je connais rien à l’alimentaire mais j’embarque.
The rest is history, comme ils disent, aujourd’hui Guy Mauve est à quelques semaines de fêter ses un an. L’entreprise est partie comme une flèche, malgré que nous consacrions beaucoup de temps à l’entreprise, on s’est fait une promesse, si elle venait à interférer avec notre vie familiale, ça ne serait plus l’aventure pour nous.
Notre fils approche les 2 ans et nous attendons actuellement notre deuxième enfant, bien que parfois c’est difficile de conjuguer les besoins de l’entreprise et le fait de garder notre fils avec nous, nous ne vivrons pas autrement.
Devenir parent a été la pièce du puzzle qui nous manquait pour vivre en respect avec nos valeurs, avec notre rythme.
Et, ce qu’il y a de plus beau dans tout ça, c'est qu'on a aussi appris que nos désirs et nos visions pouvaient changer en cours de route.
On se permet donc de rediriger notre route au besoin.