La Grande (dé)Connexion : quand le corps dit non
Juillet 2025
Je suis assise côté passager, liseuse à la main, dans notre van familial.
Mon mari conduit, les enfants font la sieste.
Je peux enfin respirer.
Nous sommes en route vers le Nouveau-Brunswick. Nos premières vacances en famille depuis bientôt 9 ans.
Je regarde la route et m'émerveille devant la grandeur de la nature.
Je suis reconnaissante, comme je ne l’ai jamais été.
Quelque part entre janvier et septembre 2021 …
Jusqu’où ça va aller?
J’suis dans la douche. En larmes. J’approche la 30aine. J’ai la job que je voulais tant.
Mais j’me sens prise dans un 9 à 9 qui me demande trop. Pourtant j’aime ma job.
Ma santé mentale se détériore à la vue de tous. Je ne me reconnais plus.
J’ai un mari formidable, 3 magnifiques enfants en santé, une magnifique maison. J’ai supposément tout ce qu’il me faut pour être heureuse. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi?
J’suis assise à mon bureau, pis je scrolle sur Instagram. J’me sens perdu.
Puis je tombe sur une publication sur la manifestation.
“Manifestes la vie de tes rêves.”
Ça y est! C’est ça qui faut que je fasse. Je vais changer ma vie.
Je me mets à suivre des comptes remplis de conseils bienveillants pour améliorer ma vie. Je vois la lumière. Enfin.
J’entre dans un programme animé par une personne que j’admire depuis plusieurs années. Septembre 2021, je quitte mon emploi. Avec l’innocence de commencer en entrepreneuriat. Je veux une business en ligne. Je veux aider les gens.
Une amie commence en coaching, elle me prend sous son aile.
J'ai peur. J’suis fébrile.
J’ai de grands rêves. Je ne réalise pas encore que ce ne sont pas les miens. Mais sont gros. Ça roule. Ma business de coaching commence à payer les comptes. Je souffle un peu plus mentalement.
Mais mon corps est malade.
Toujours.
Fucking.
Malade.
Les signaux d'alarme? Un après l’autre. Je suis fâchée après mon corps, après la vie entière. Malgré tout, j’suis forcée d’arrêter.
Et je commence à voir des choses. Ces choses qu’une fois vues, tu ne peux plus les manquer. Y a quelque chose qui cloche, j’le sens.
Y a trop de bruit. Ma tête tournoie comme une boussole qui cherche le nord en vain. J’me sens pas bien.
J’ai mal.
Mon mari souffre aussi. Pas parce que j’ai mal. Mais parce que je lui balance constamment des concepts qu’il ne veut pas entendre. Je l’accuse de ne pas vouloir évoluer.
Notre relation est sur le point d’éclater. Je suis sur le point d’imploser.
Je suis mangée par le stress. Par des voix dans ma tête qui ne sont pas les miennes.
Pis quelque part dans tout ça, j’essaie de vendre à mes abonnés une vie que je ne veux même pas, que je n’ai pas.
Je commence à douter de mes intentions. À force de vouloir bien faire, je finis par ne plus savoir ce que je ressens réellement. Chaque fois que je pose une limite, quelque chose se tend autour de moi.
Je parle, je m’explique auprès des gens, même quand je ne m’en sens pas prête, même quand je n’ai pas pris le temps de process mes ressentis. Je me sens coupable de prendre mes distances, je n’ai pas les mots pour expliquer ce qui se passe, mais mon corps, lui, sait. Il ne se trompe jamais.
Il est en réaction, il se crispe, il se referme.
Ce qui devait être des espaces d’échanges devient, peu à peu, des lieux où je ne me sens plus en sécurité. Des espaces où le ton monte, où je sens que l’on veut à tout prix me faire adhérer à un mode de pensée, je reçois des conseils qui semblent à des milliers de kilomètres de ce que je souhaite réellement.
Plus je cherche le support, plus je me sens seule.
TOUT ça tourne si vite. J’ai mal au cœur. Parce que c’est à ce moment-là que j’comprend que même la confiance peut se dissoudre.
Je décide d’écouter mon corps. De sortir des boîtes et de tout quitter. Les réseaux sociaux, mon entreprise, les contenants de coaching, le dev perso. Et si les gens m’oublient : SO BE IT!
C’est là que commence La Grande Déconnexion. (Mais aussi la plus grande CONNEXION)
J’efface tout mon contenu Instagram, ces dernières années me font grincer des dents.
Malgré la distance nécessaire, je me sens comme un échec. J’suis bousculée entre une colère immense et de l’analyse/introspection à outrance. Je sens ma tête qui veut exploser. Un rien est trop me demander.
Certaines voix prennent encore trop de place, et contrairement aux discours "des gurus du web", j’entre en “vraie” thérapie. D’abord pour mon couple, ensuite pour moi. Un diagnostic tombe, et tout chavire. Tout coule, les années de concepts spirituels perdent soudainement leur pouvoir.
Ce que je croyais banal, devient beaucoup plus important.
Tout est déconstruit. Ma thérapie m’apprend autre chose, entre autres comment le cerveau humain fonctionne, comment mon enfance m’a maintenue en mode survie, comment j’ai développé des mécanismes de défense. Je tente quelques retours sur Instagram, mais j’suis fermée. J’ai peur. Peur d’être associé au monde dans lequel j’essayais d’entrer.
La conscience de moi et des autres est ce qui me transforme naturellement et en douceur.
Aujourd’hui, je ne tente plus de vendre une vie que je n’ai pas. J’ose vivre la vie que j’ai. Pleinement. Au gré de mes envies et de mes désirs. Sans me compromettre. Je suis qui je suis maintenant sans chercher à être plus.
J’ai reconnecté à de vieilles passions; la lecture et l’art.
Tout est plus simple, moins parfait et moins spectaculaire. Mais ô combien plus lent. Je respire et prends le temps. Je prends surtout plus de temps pour ce qui est vivant et vrai pour moi. Même si c’est inconfortable et imparfait.