Les premiers pas d’un couple français au Québec !
On pourrait croire que ce qui a le plus saisi un couple de Français en arrivant au Québec, c'est la quantité astronomique de neige qui peut tomber en un temps record !
Détrompez-vous, ce qui nous a le plus choqués lors de nos premières heures au Québec, c'est que l’on ne parle franchement pas la même langue que les Québécois, oh que non !
On peut donc envisager la question suivante : qui de nous deux parle véritablement français ?! Ou sans accent !!!
Je me souviens encore du souper de Noël de l’entreprise à Stéphane. On n'avait même pas encore passé 7 jours sur le sol québécois qu’on allait vivre le plus grand « frette » de notre vie !
On arrive au souper, super contents de découvrir d’autres êtres humains, parce que, depuis notre arrivée, qu’on se le dise, on se sentait un peu à l'écart. On quitte nos tout petits souliers de bons Français (pas de grosse botte non, non, on n'était pas aussi préparés que cela en quittant la France), notre manteau, et c’est parti pour une tournée de présentation.
Jusque-là tout va bien, on entend beaucoup de prénoms. Mais, vient le fameux moment des conversations en petit groupe. Tu sais, ces petits cercles qui se forment et qui commencent à échanger de tout et de rien, sur un ton très amical !!! Eh bien, Stéphane et moi avions l’air des petits chiens que tu mets dans ta voiture et dont la vibration fait bouger la tête automatiquement. On disait oui, oui, on hochait la tête pour ne vexer personne. Mais, notre premier échange dans l’auto en sortant de ce souper :
-« Et puis, est-ce que tu as compris quelque chose, toi ?”
-“Non, et toi ?”
-“Ben moi non plus !!! »
Je suis certaine qu'en ce moment, LA question qui hante ton esprit, c'est :
Mais quelle idée nous a traversé la tête d'immigrer ici ?
Avoue ! Et c'est légitime, puisque c'est la question, je pense, qu'on m'a le plus posée depuis les 15 dernières années.
Stéphane et moi avions envie de casser notre destinée. Celle qui est toute tracée pour nous au moment de notre naissance, comme s'il fallait qu’on vive sur le même « frame » que notre famille sur plusieurs générations en arrière. On désirait autre chose, avoir de nouvelles possibilités pour VIVRE AUTREMENT.
Je suis certaine que tu vois très bien de quoi je parle et que, peut-être même, tu y as déjà pensé, que c’est aussi une envie ce que tu ressens, MAIS tu n’oses pas faire le premier pas…
Bref, voici comment, le 1ᵉʳ décembre 2010 à 22h37 précisément, deux Français débarquent à Baie-Comeau en pleine tempête de pluie verglaçante !
C'est en grande partie grâce à Stéphane que nous sommes arrivés au Québec. Il avait passé des entrevues trois mois plus tôt en France pour obtenir un emploi ici. Étant mariés, la femme, en l'occurrence moi, acquiert ses papiers par automatisme pour suivre son mari. En y repensant maintenant, c’était le seul filet de sécurité en notre possession à ce moment précis.
Je me souviens encore, quelques heures plus tôt, de l'atmosphère qui régnait dans la voiture pour le trajet vers l'aéroport.
4h30 de route avec mes parents et toute notre vie dans le coffre de la voiture à l'intérieur de 4 valises de 23 kg.
Je n'arrêtais pas de regarder mon mari, mes parents, le paysage, tout en me disant que j'étais en train de faire la chose la plus folle de toute ma vie. Je ne savais pas trop où j'allais et je savais encore moins tout ce qui m'attendait. Mais à l'intérieur de mon corps, j'étais absolument certaine de faire la bonne chose pour moi, pour mon couple et pour mon avenir.
On se lançait enfin dans l'aventure de toute une vie : immigrer dans un pays totalement étranger. Parce que oui, je suis folle au point de déménager dans un pays dans lequel je n'avais jamais mis les pieds. Le tout avec mon petit mari, du haut de mes 23 ans. Avec le recul que j'ai aujourd'hui, je peux te dire que c'était une idée complètement folle.
Je partais, je m'envolais loin de tout ce que je connaissais pour vivre dans l’inconnu. Qui fait ça dans la vie ?! Méchante sortie de zone de confort !
Mais pour autant, j'ai jamais senti que ce moment-là était un adieu que je faisais à mon pays, à mes parents, à la vie que j’avais en France. C'est un peu ce qui m'a soutenu dans ce moment-là. Ce n'est pas un adieu, c'est un au revoir. J'étais certaine de revenir avec plus de richesse intérieure. Spoiler alert : 15 ans plus tard, je suis toujours au Québec !
Ce dont je n'avais pas encore conscience, c'est que c'était le premier jour d'une toute nouvelle vie qui allait changer complètement la donne. Eh bien, franchement, une chance qu'à ce moment-là je ne le savais pas encore, sinon j'aurais réellement fait demi-tour.
En réalité, non, je pouvais vraiment plus faire demi-tour, j'avais vendu l'entièreté de ma vie (maison et tout son contenu, voitures, vêtements), il ne me restait absolument rien de notre vie en France.
Vient le moment du voyage en avion… Le premier qui nous emmenait de Paris à Montréal était rempli d'une ambiance chaleureuse. Je me souviens encore d'un couple avec qui nous avons discuté longuement, Joane et Patrick, qui, eux, partaient seulement en vacances, comme toute personne normalement constituée. Une chance que ce couple était présent dans cet avion, parce que ça nous a clairement changé les idées. Le stress du voyage et du changement de vie se faisait moins ressentir.
Mais, comme toute aventure avec moi, les péripéties ont commencé dès le deuxième vol, de Montréal à Baie-Comeau ! Puisque oui, on ne fait pas les choses à moitié : on n'emménagerait pas à Montréal, dans une grande ville qui connaissait déjà la présence d’une immigration accrue. Non, non, nous allons nous installer à Baie-Comeau, au pays du père Noël ! Tu ne me crois pas ?! Regarde où se situe Baie-Comeau sur une carte 😳😂 !!!
Nous avions 1h pour obtenir nos papiers à l’immigration et attraper ce fameux vol pour Baie-Comeau. C'était franchement un défi, mais pourquoi pas, on pouvait avoir de la chance, non ? L’agent d’immigration pensait tout à fait le contraire. Il nous a même dit : ‘’Ça prendra le temps que ça prendra.’’
Je l’aurais étouffé tellement il prenait son temps.
Stress terminé, nos papiers en main, on se dirige vers notre deuxième avion, très fières d’être arrivés, excités aussi, mais nous n’avions pas encore vu ce qui se tramait dehors. Une pluie TORRENTIELLE !!! Je me souviens, à ce moment-là, avoir regardé Stéphane et lui avoir dit que, clairement, on avait vraiment pas de chance. Bref, on monte dans un tout petit avion de 30 places pour faire le voyage final. Entre toi et moi, ce n'est pas seulement mes jambes qui tremblaient, mais bel et bien tout mon corps. À ce moment-là, je pensais vraiment pas arriver vivante.
Finalement, les péripéties continuent : l’avion ne fonctionnait pas. On doit descendre et en prendre un autre pour pouvoir partir. On était debout depuis plus de 24h et là, on devait attendre un autre long 2h de plus pour la préparation de l'avion, plus 1 heure de vol.
Ce fut le vol le plus dangereux de toute ma vie !!!
Stephane, moi et nos 4 valises ont été le chargement le plus lourd de cet avion !!! Les hélices faisaient du bruit comme jamais, on était secoués dans tous les sens à cause des appels d'air et de la pluie.
Contre toute attente, nous descendons de l’avion à Baie-Comeau ! Nous pouvions enfin commencer notre nouvelle vie !!!
Mais la vie, l’univers, nomme-le comme tu veux, me réservait bien d’autres tests de résilience… C’était loin d’être terminé, ça commençait tout juste d'ailleurs…
Le 2 décembre, nous voilà dans les bureaux de Service Canada à essayer d’obtenir nos numéros d'assurance sociale. Numéros, en passant, utiles pour à peu près tout le reste de nos démarches à venir. Nous avons littéralement passé 4 h de temps à tenter d’obtenir l’impossible auprès de la préposée. Elle n'avait jamais vu d'immigrant avant aujourd'hui. Autant te dire que cela n'a pas été une mince affaire. J'ai même dû, moi la petite française fraîchement arrivée, lui proposer d'appeler dans une grande ville qui avait l'habitude de générer ces numéros pour des immigrants.
C’est quelques jours plus tard, je me retrouve à pleurer dans le bureau du patron de mon mari. Oui, tu as bien lu ! Nous sommes arrivés un mercredi, et le lundi suivant, Stéphane devait partir pour Sept-Îles afin de commencer son travail, soit à 2 h 30 de route de moi et de notre vie commune. N'ayant jamais été séparés plus d'une journée de travail et me retrouvant complètement seule dans une ville inconnue, sans voiture, sans amis, sans ressource, j'ai complètement craqué.
C'est donc le mercredi, soit 72 heures après le départ de Stéphane, que je monte dans la BMW du patron pour faire le trajet Baie-Comeau - Sept-Îles et enfin retrouver mon mari… Imagine la confiance aveugle que je devais avoir envers la vie pour embarquer pour un 2 h 30 de trajet, sachant qu’entre les deux villes, il y a… Exclusivement de la forêt !!! Méchante confiance en l’être humain, non ?
Et j'en étais pas à mes dernières épopées, non, non, j’en ai des milliers à te raconter !! Je pourrais en écrire un livre !
C’est lors de ma deuxième visite chez WalMart que j’ai vécu l'une des plus grandes hontes de ma vie… Voilà que ma carte bancaire française, seul moyen de paiement en ma possession, est REFUSÉE à la caisse.
Je me retrouve figée, dans l’incapacité de payer la base dont j’avais besoin pour vivre (casseroles, couverture, nourriture). J’ai failli pleurer toutes les larmes de mon corps. Heureusement, j’étais merveilleusement bien accompagnée par les parents du collègue de Stéphane, qui m'ont immédiatement offert de payer pour moi. Ce sont d’incroyables personnes qui m’ont apporté leur aide régulièrement les treize premiers jours où je ne possédais pas de voiture, ni carte valide pour subvenir à mes besoins. J’ai finalement pu les rembourser environ trois semaines plus tard, lors de la première paie québécoise de Stéphane… le jour de Noël ! Parce que oui, généreux comme ils sont, ils nous ont invités dans leur famille, le jour de Noël, pour qu’on ne reste pas seuls.
Peut-être qu’on ne parle pas le même langage, que nos accents sont différents, peut-être que nous n’avons pas la même culture, mais on parle assurément la même humanité. Car le 25 décembre 2010, on s’est retrouvé entouré d’expressions québécoises, de dinde, de tourtière et d’humains bienveillants.
Accepter toute l’aide que les gens voulaient nous donner nous a permis de naviguer dans le chaos de ce moment de notre vie avec sérénité.
Ce que je retiens finalement, après plusieurs années ici, (15 lors de l’écriture de ce texte), c’est de CROIRE. Croire en nos rêves. Croire en l’humain. Croire en l’univers. Croire que c’est possible. Croire en nous. Croire en soi.
Xoxo 💖 Nessa.