La première fois où je n’ai pas eu le temps de dire “je t’aime”
On vit plein de premières fois,
des premières fois excitantes, des premières fois drôles, des premières fois touchantes et malheureusement, des premières fois déchirantes, ces premières fois qui vous changent pour toujours…
Le jour où j’ai vécu un premier gros deuil…
J’avais vu ma voisine mourir d’un cancer, lorsque j’avais 12 ans… Et puis mon grand-père, lorsque j’en avais 14, mais je ne savais pas ce qui se passait vraiment lorsqu’on perdait quelqu’un de très proche de soi. En ce matin d’Halloween de 2004, je l’ai su bien malgré moi.
J’avais 4 ans lorsque mon frère est né et tout de suite, mon instinct maternel s’est activé ! Malgré le fait que je me sentais un peu menacée, parce que lui vivait avec son père biologique et par ce fait, je devais travailler fort pour garder ma place et me faire aimer de mon beau-père. (C’est du moins l’histoire que je me racontais). J’aimais mon frère, mais en vieillissant, ce n’était pas toujours facile. Nous étions comme chien et chat (comme plusieurs fratries), on se chicanait, il me mettait ses mauvais coups sur le dos, bref, ce que des frères et sœurs font souvent. Et pourtant, souvent, lorsque nous avions peur la nuit, nous nous retrouvions dans un grand lit pour nous réconforter.
Je me rappelle, lorsqu’il avait 3 ou 4 ans, il avait attrapé un gros bâton de bois et il m’avait donné un gros coup par la tête. Je ne sais plus s’il y avait une raison, mais je me rappelle encore la douleur que j’avais ressentie.
À l’adolescence, j’avais beaucoup de difficulté à comprendre ses choix, je n’étais pas d’accord. Mais encore une fois, je l’aimais, c’était mon frère. C’est finalement lorsqu’il a eu 19 ans, que nous avons commencé à vouloir reconstruire quelque chose. J’étais allée l’aider à aménager son appartement, je n’en revenais pas du nombre d’animaux qu’il avait ! Un vrai Docteur Doolittle.
Un soir, il avait 20 ans, je crois, il est venu me porter une télé dont il n’avait plus besoin et je me rappelle encore avoir eu de belles discussions avec lui. Je sentais que nous commencions à construire quelque chose de beau. Puis avec ma mère, quelques jours plus tard, nous sommes allés au Beauce Carnaval comme lorsque nous étions enfants, nous avons fait des jeux, tenté de gagner des toutous, c’est tellement un beau souvenir.
Finalement, la dernière fois que nous nous sommes vus, nous sommes allés voir ma mère et il s’est mis à nous raconter qu’il avait réservé une colombe, qu’il allait la garder dans son appartement et qu’elle serait libre de voler partout. J’ai encore des frissons à penser à ça, comme s’il nous préparait à ce qui s’en venait.
Ce fût la dernière fois où j’ai parlé à mon frère…
Cette même année, j’avais appris que j’étais enceinte de mon premier enfant. Le premier de mon côté et le premier du côté de mon mari. Tout le monde était très excité par cette nouvelle. Comme mon mari et moi n’avons que des sœurs, je me disais que mon frère pourrait être le parrain, mais j’hésitais encore, car il n’était pas encore à son mieux dans sa vie.
Ce fameux matin, le 31 octobre 2004, mon mari et moi sommes partis à Québec pour acheter des trucs de grossesses, j’avais 3 mois ½ de fait. En revenant à la voiture, mon mari avait plusieurs messages sur son cellulaire (Je n’en avais pas à l’époque). Mon beau-père me disait : Appelle-moi, il est arrivé quelque chose avec ton frère). Je ne me suis pas inquiétée sur le coup, je pensais qu’il avait fait des bêtises, comme des graffitis ou quelque chose du genre. J’ai quand même tenté de le rappeler, sans réponse. Je me suis mise à appeler plusieurs personnes proches et personne ne voulait me dire ce qu’il se passait.
Tout le monde avait peur que je perde mon bébé.
Mon mari est finalement arrêté sur le bord de la route et a appelé sa mère. Elle lui a dit. Lorsque j’ai vu son visage, j’ai tout de suite su que c’était grave. Il m’a dit que mon frère avait eu un accident de voiture et qu’il n’avait pas survécu. Je me rappellerai toute ma vie la pointe de couteau que j’ai senti me traverser le cœur, une douleur que je ne connaissais pas. J’avais mal, mal au ventre, mal au cœur, je n’y croyais pas ! C’est impossible que mon frère parte si tôt.
Je n’ai pas eu le temps de lui demander d’être parrain, je n’ai pas eu le temps de reconstruire ma relation avec lui et surtout, je n’ai pas eu le temps de lui dire : JE T’AIME.
Encore à ce jour, c’est le plus grand regret de ma vie. Il est tout de même le parrain de tous mes enfants, je lui ai quand même demandé. Je vois beaucoup de lui dans mes enfants, comme son amour des voitures et sa sensibilité…
Même si cette histoire est épouvantable, elle m’a beaucoup appris. Je lui ai promis que j’allais réaliser tous mes rêves pour lui et pour moi. À ce jour, je continue de tenir cette promesse.
Je ne connais pas vos croyances, mais je vais vous raconter 2 anecdotes qui me font penser qu’il est venu nous faire un clin d’œil…
Lors de l’exposition, nous avions mis des chandeliers, avec des fleurs et ils ont pris feu ! Le responsable courrait dans le salon pour les mettre à l’extérieur. La cire coulait partout… Ils ont dû changer tout le revêtement de sol par la suite. Et lors de l’enterrement, mon frère était dans une urne en bois, qui se dépose par la suite dans un petit tuyau… L'urne était trop grosse ! Nous avons pris une masse pour arrondir les coins afin que l’urne entre à l’intérieur… Comment est-ce possible ?
Certains pourraient y voir un manque de respect, nous avons décidé d’en rire, nous disant qu’il était sûrement là pour nous divertir. Je garde ces souvenirs précieusement dans ma petite poche…
Dites aux gens que vous les aimez et n’attendez pas pour réaliser vos rêves.
Mon frère n’a pas pu. Il n’a pas pu vivre ses premières fois…