L’art de faire son coming out au IGA… ou costumée en Freddie Mercury
IGA, révélation et amour au féminin.
Spontanément, si je ferme les yeux et que je pense à la première fois où j’ai fait mon coming out, il y a une image forte qui me revient en tête.
17 ans, j’étais assise par terre dans le stationnement du IGA de mon quartier avec ma meilleure amie de l’époque. On mangeait des Reeses, nous étions naïves, heureuses d’avoir enfin terminé le secondaire, on riait, on parlait de nos projets de l’été et du futur. Je lui ai dit : « Je dois te dire quelque chose d’important… Je pense que j’aime les filles… » Elle, d’un ton enthousiasme : « Omg, wow, je suis trop contente ! Je veux tout savoir ! ».
À cet instant même, elle venait de m’aider et me donner une grande dose d’amour. J’ai enfin arrêté de retenir ce souffle court qui étouffait ma poitrine.
Avant cette soirée, j’avais peur d’être moi-même à 100% et dire à celles et ceux que j’aime ce que je me disais à voix basse depuis mon plus jeune âge. Ce « secret », cette différence qui, pour moi, était un détail, mais qui représentait un big deal pour certains. Je considérais à ce moment-là et encore aujourd’hui mon orientation sexuelle comme une petite parcelle de mon identité. Mon orientation sexuelle m’a d’ailleurs aidé à mieux me comprendre, elle fait partie de moi, mais ce n’est pas ce qui me définit au complet. À bien y penser, entre vous et moi, ce que j’avais confié à mon amie pour la toute première fois, c'était une belle annonce heureuse qu’un jour, j'allais aimer une femme qui allait m’aimer en retour ! C’est beau, doux et magique. De l’amour à l’état pur. C’est tout.
Non-dits du coming out
Pourquoi alors une grande majorité des adolescents ou des jeunes adultes qui passent par là vivent autant de mal-être, de peur, d’appréhension, d'incompréhension et de stress ? Vous le savez autant bien que moi, il suffit de suivre un minimum l’actualité, observer l’invisibilité de la représentation queer sur nos écrans, faire partie de la communauté, être allié·e ou encore s’intéresser aux enjeux sociaux propres aux réalités LGBTQ+ pour réaliser que même encore en 2026 les droits de ces derniers sont extrêmement fragilisés. Or, même si le mariage entre les personnes du même sexe est légal au Québec depuis 2004 (seulement oui) et dans toutes les provinces du Canada depuis 2005, les droits des personnes LGBTQ+ ne sont pas du tout acquis. Certaines provinces, certains pays, certains contextes culturels et de travail continuent de limiter, voire nier ces libertés fondamentales. Pourquoi ? Simplement parce que les gens s’aiment ? Avec toutes les atrocités qu’il arrive dans le monde, ça peut effectivement faire peur pour un ou une jeune de s’affirmer sans redouter les répercussions de nos paroles et de notre identité…
Il y a quand même une grande partie de la société contemporaine qui voit le coming out comme un « one shot deal ». Une seule fois, on le dit à la famille et c’est fini. Mon expérience personnelle dans tout ça ? Ce n’est pas vrai… Ça se fait graduellement.
Mais au fond, je me pose une question : Est-ce qu’une personne hétérosexuelle fait un coming out auprès de ses parents ?
Est-ce qu’elle ou il appelle toute la famille pour avertir qu’elle ou il aura un jour un chum ou une blonde ? Prenez le temps d’y penser… Bizarre non ? Pourquoi alors moi je dois le faire ?
Les nombreux coming out
Je prends quelques pas de recul pour vous dire que je vous ai légèrement menti, car il ne s’agissait pas réellement de mon premier coming out dans le stationnement du IGA ! En poussant réellement ma réflexion, je vois Jacynthe, adolescente, troublée, 13 ans, qui elle le savait déjà qu’elle était différente des autres à l’école. Mon premier coming out s'est fait bien avant dans ma tête et dans les drôles de sensations qu’éprouvait mon corps. Inconfort et confusion comme ingrédients principaux de cette recette. Je me souviens avoir fait différents tests sur Internet de type « Suis-je lesbienne ? » ou « Suis-je normal ? ».
Puis, je me souviens marcher dans les corridors de l’école, la tête baissée vers le sol et me dire dans ma tête « Non, tu n’es pas lesbienne, ça va passer… ». Il fallait en premier que je l'accepte et me l’avouer à moi-même avant d’en parler à quelqu’un !
Ensuite, ayant expérimenté un brin la vie depuis cette soirée dans le stationnement, je peux vous assurer que je n’ai pas eu à faire qu’un seul coming out depuis mais plutôt des dizaines et des dizaines de coming out.
Voici une petite liste représentative de quelques fois où j’ai eu à faire un coming out
1-Dans un party d’Halloween déguisée en Freddie Mercury! ICONIC
2-Chez tous mes différents médecins et spécialistes, on prend souvent pour acquis que j’ai des relations sexuelles avec des hommes et que je prends la pilule. Je dois souvent le mentionner et expliquer que j’ai des relations sexuelles avec des femmes.
3-Un coming out à sa sœur à Walt-Disney
4-Beaucoup de coming out en auto, un safe place en famille. Je pense à mon père et mon frère !
5-Dire à ma mère « Je veux te dire quelque chose…» Elle qui me répond : « Je le savais déjà… »
6- À chaque fois que les gens ont supposé que j’aimais les hommes, soit que j’ai rien dit, corriger que j’aimais les femmes ou j’ai mentionné mon amoureuse dans la conversation !
7- À chaque marque d’affections, se tenir la main, se donner un bisou en public, c'est un coming out de notre part.
8- Dans chaque nouvel emploi et nouvelles rencontres. Souvent, j'attends un petit peu avant de mentionner mon orientation sexuelle. J’essaie d’abord de sentir l’ambiance et de voir si je me sens en sécurité et si les gens sont ouverts d’esprit.
9-Dire en texto à ma meilleure amie d’enfance que j’aimais les filles. Attendre sa réponse avec impatience. Elle me répond : « Moi aussi ! »
10-Me faire inviter par un cuisinier d’un restaurant où je travaillais, lui dire que j’étais lesbienne. Ne plus jamais s’adresser la parole…
Comme vous le constatez, ces coming out ne sont pas toujours de grandes annonces officielles. Ce sont des événements qui se glissent dans mon quotidien et sont parfois parsemés de commentaires maladroits (je vais passer pour les commentaires ignorants, ce sera pour une autre fois…).
Et maintenant
Ce n’est pas du jour au lendemain que j’ai accepté mon orientation sexuelle. J’avais peur que ma famille commence à me percevoir différemment et me voit que comme une femme lesbienne. Réduire ma personne à mon orientation sexuelle…
Je dirais que cela ne fait que trois ans et demi que je me sens complètement à l’aise de l’affirmer ouvertement. Aujourd’hui, à 24 ans, en couple depuis maintenant deux ans avec une merveilleuse femme que j’aime, je peux dire que je me sens épanouie et en phase avec ma vie. Aimer pour de vrai, ressentir, former une équipe, partager des objectifs communs, grandir, évoluer ensemble, créer ensemble, rêver de notre future famille… C'est ce dont j’ai toujours rêvé au fond. Cependant il m’arrive dans certains contextes de ne pas le mentionner, car je ne me sens pas à l’aise ou en confiance avec les gens. D’ailleurs, même après deux ans de relation, il nous arrive de remarquer des regards ou commentaires qui nous empêchent d’agir naturellement ensemble. Je pense ici au taxi, au restaurant, dans le métro ou même dans certains quartiers.
Bref, si vous vous êtes rendus jusqu’ici, je vous remercie de m’avoir lu.
À travers mon vécu et mes réflexions, j’espère que vous avez pu comprendre davantage le processus du coming out comme je le perçois. Il s’agit oui d’un point de vue personnel, mais également proche d’une réflexion collective, surtout face aux problèmes de sociétés actuelles face à la communauté LGBTQ+. Faisant partie de cette communauté, j’ai déjà vécu certaines situations indélicates, voire discriminatoires. Cependant, je tiens à souligner mon privilège d’être une femme blanche, ici au Québec. Beaucoup de gens n’ont pas la chance d’aimer et vivre pleinement leur orientation sexuelle librement.
Finalement, faire son coming out pour moi, c'est avoir moins de poids sur mes épaules.
Me sentir légère au quotidien. Ressentir tout le positif que cela apporte dans toutes les sphères de ma vie et vivre un amour vrai avec une femme que j’aime.