La porte que je gardais fermée
Il y a des portes que l’on croit fermées à double tour.
Pas parce qu’elles le sont vraiment, mais parce qu’on a appris à ne même plus tenter de les ouvrir.
Je me souviens très bien de la première fois où j’ai réellement laissé l’abondance financière entrer dans ma vie. Pas la première fois où j’en ai parlé. Pas la première fois où je l’ai désirée. Mais la première fois où je lui ai ouvert la porte.
Parce que, longtemps, je croyais que je la voulais… alors que, dans les faits, je la craignais. Je la regardais de loin, comme quelque chose de fragile, d’instable, presque éphémère.
Quelque chose qui arrive parfois en coup de vent, qui crée un pic d’excitation… puis qui repart aussi vite, en laissant derrière elle une drôle de sensation de vide, de confusion, de « pourquoi ça ne reste jamais ? ».
Pendant longtemps, l’argent dans ma vie a ressemblé à ça : des montées, des descentes, des élans suivis de doutes.
Une impression constante que ça pouvait glisser entre mes doigts à tout moment.
Et avec le recul, je comprends que ce n’était pas un manque d’opportunités. Ce n’était pas un manque de capacités. Ce n’était même pas un manque de travail.
C’était un manque de permission intérieure. Une peur cachée d’ouvrir cette porte cadenassée par des générations qui m’ont précédée.
On ne nous apprend pas vraiment à recevoir.
On nous apprend à faire. À performer. À mériter. À prouver.
Mais recevoir… pleinement, calmement, sans se justifier, ça, c’est une autre histoire.
Alors, je faisais ce que beaucoup font : je travaillais fort. Je multipliais les stratégies. Je cherchais des réponses à l’extérieur. Je croyais que l’abondance allait arriver le jour où je ferais encore un peu plus.
Jusqu’au jour où la vie m’a forcée à m’arrêter.
Pas un arrêt doux. Pas un arrêt choisi.
Un arrêt clair. Un de ceux qui t’obligent à sortir du faire pour entrer, enfin, dans l’être.
Cet arrêt ne s’est pas présenté sous la forme d’un seul événement.
Il est arrivé par couches.
D’abord, le corps qui a dit stop.
Un épuisement professionnel, né d’années à accumuler, à porter, à tenir. À croire que ralentir serait synonyme d’échec. Être en arrêt de travail, pour la première fois de ma vie, a été un choc silencieux. Comme si quelque chose en moi ne reconnaissait plus la personne que j’étais devenue.
Puis, au moment même où j’essayais de me réinventer, de créer autrement, la vie a refermé toutes les portes extérieures. La planète entière s’est mise sur pause. Ce que je tentais de bâtir n’avait soudainement plus d’espace pour exister.
Et là, ce n’est pas seulement le projet qui s’est effondré. C’est l’estime. La confiance. Cette impression de toujours arriver trop tard.
Chaque tentative avortée venait nourrir une vieille croyance : celle de ne jamais réussir à faire tenir quelque chose dans la durée. Comme si chaque fois que j’osais y croire un peu plus, tout se dérobait.
Ce n’était plus seulement un arrêt.
C’était une invitation brutale à regarder ce qui, en moi, s’acharnait encore à vouloir prouver, performer, compenser.
Puis, au milieu de ce chaos feutré, la vie a fait entrer autre chose.
Nous avons manifesté une maison sur le bord de l’eau.
Une maison que je croyais inaccessible.
Dans ma tête, le bord de l’eau, c’était pour plus tard.
Pour d’autres.
Pour ceux qui avaient « réussi ».
Et puis la vie m’a proposé une autre voie.
Pas l’achat.
La location.
Simple.
Imparfaite.
Possible.
Et ce détail a tout changé.
Parce que j’ai vu, pour la première fois, que l’abondance n’arrive pas toujours déguisée en victoire spectaculaire.
Parfois, elle arrive comme une option à laquelle on n’avait jamais pensé…
Parce qu’on croyait que ce n’était pas assez, ou trop.
Ce jour-là, j’ai dit oui.
Sans me justifier.
Sans me préparer à perdre.
J’ai accueilli cette maison comme on accueille quelque chose de fragile et de précieux. Et en l’accueillant, j’ai compris que le vrai travail avait commencé bien avant.
Il avait commencé le jour où j’ai arrêté de me demander ce que je valais selon ce que je produisais.
C’est là que quelque chose a basculé.
J’ai compris que mon rapport à l’argent n’était pas une question de chiffres, mais de relation. Une relation teintée de peurs anciennes, de loyautés invisibles, de croyances héritées. Des phrases jamais vraiment questionnées, mais profondément ancrées. Des « fais attention », des « c’est instable », des « ça ne dure jamais ».
Et surtout, une confusion entre sécurité et contrôle.
Je croyais vouloir l’abondance, mais je voulais surtout qu’elle se conforme à mes règles, à mes conditions, à mes scénarios rassurants. Je voulais qu’elle arrive sans me transformer.
Or, l’abondance ne fonctionne pas comme ça.
La première fois où j’ai réellement laissé l’abondance financière entrer dans ma vie, ce n’est pas quand j’ai gagné plus. C’est quand j’ai arrêté de me contracter autour d’elle, lorsque je lui ai fait confiance.
Quand j’ai commencé à l’observer sans jugement.
À écouter ce qu’elle venait réveiller en moi.
À reconnaître que mon inconfort n’était pas un problème à éliminer, mais un message à comprendre. Quand j’ai cessé de vouloir la diriger pour commencer à l’écouter.
J’ai pris du recul.
Un vrai recul.
Celui qui ne cherche pas à corriger, mais à voir.
Et dans cet espace, quelque chose s’est apaisé.
Non pas parce que j’avais tout compris.
Mais parce que j’avais compris une chose essentielle : l’abondance suit la conscience.
Et je crois que c’est vrai pour bien plus que l’argent.
On vit exactement la même chose avec l’amour, avec les relations, avec la reconnaissance et avec nos compétences. Ce que l’on n’ose pas recevoir dans une sphère de notre vie, on le repousse souvent ailleurs aussi.
L’abondance n’est pas compartimentée. Elle circule là où l’on se permet d’être présent, ouvert, respectueux de soi.
À partir de ce moment-là, l’argent a cessé d’être un test.
Il est devenu un miroir.
Un miroir de mes limites.
De mes croyances.
De ma capacité à recevoir sans me sentir coupable, sans me sentir obligée d’en faire plus pour justifier.
Et doucement, sans grand geste spectaculaire, ma relation à l’abondance s’est transformée. Non pas parce que tout est devenu parfait. Mais parce que c’est devenu plus vrai.
Avec le recul, j’aime penser que la vie m’a offert ce passage-là comme un cadeau mal emballé. Un de ceux qu’on n’aurait pas choisis consciemment, mais qui finissent par nous façonner en profondeur.
Pas pour me punir.
Mais pour m’apprendre.
Pour m’apprendre à ralentir.
À écouter.
À mettre en conscience ce qui agissait dans l’ombre.
Et aujourd’hui, je vois à quel point ce passage me permet de reconnaître, chez d’autres, cette même confusion.
Cette sensation que l’abondance arrive par vagues, mais ne reste jamais.
Ce sentiment d’être toujours à deux doigts de… sans jamais vraiment y toucher.
Je ne crois pas que nous soyons brisés.
Je crois que nous sommes souvent déconnectés de notre capacité à recevoir.
Et parfois, tout ce dont on a besoin, ce n’est pas d’une nouvelle stratégie.
C’est d’un espace. Un endroit où se déposer.
Où regarder honnêtement ce qui vit en nous, sans pression, sans performance.
Si tu te reconnais là-dedans, sache ceci :
tu n’es pas seul(e). Et surtout, tu n’es pas en retard.
Parfois, la vie nous fait traverser certains passages, non pas pour nous freiner,
mais pour nous rendre plus conscients, plus présents, plus capables d’accueillir ce qui est déjà prêt à entrer.
L’abondance ne force jamais une porte fermée.
Mais elle répond toujours à une ouverture sincère.
La clé est là, tout prêt, au creux de ta poche…
Oseras-tu la saisir, la porter à ton attention la plus pure, malgré tout le bruit qu’il y a autour ?
Choisir l’abondance, c’est courageux. C’est un acte conscient, qui a parfois comme effet de nous distancer de certaines personnes, certains espaces ou même de cette version de nous que l'on connaît.
Ce n’est ni tangible, ni rationnel et encore moins contrôlable. Mais c’est là, à la portée de tous et dans autant de formes qu’il y a d’êtres humains pour la créer.
Ton abondance t'appartient et t'attend, il te suffit de lui ouvrir la porte.
Caro !