Les hommes ça pleurent aussi
“C’est un homme fort… un héros.
Il a vaincu tous les méchants , c’est une légende , on l’admire.”
Dernièrement, j’ai discrètement commencé à analyser une partie de moi…
La part de moi qui ressent constamment le besoin d’être bon, excellent, le meilleur dans tout ce que j’entreprends, avec une énorme crainte de décevoir les autres ou moi-même si j’échoue.
Cet homme aujourd’hui qui dépend de son succès pour être et représenter “Gabriel”.
Mais d’où ça vient… pourrais-je juste être Gabriel le p'tit gars d’autrefois qui faisait des erreurs sans se juger , qui tombait , qui apprenait sans que ça néglige sa confiance et qui pleurait avec vulnérabilité.
La vulnérabilité…
Dans ma perspective, ce que voulait dire être “un homme vulnérable”... Je voyais de la fragilité, de la faiblesse et de l’échec. J’ai alors entrepris le voyage d’aller voir d’où venait ce besoin d’être tough…
Étaient-ce les exemples de ma jeunesse ?
Père, grand-pères, oncles, cousins, héros télévisés, etc. Peut-être…
Était-ce la manière dont j’ai été élevé ?
Ne pleure pas, les hommes ça pleure pas. Sois un homme… humm peut-être…
Ou bien les sports ?
Toujours gagner, le but, c'est de gagner.
Mais pourtant, ils disent tous d’aller s’amuser, mais s’amuser c’est de gagner parce que quand tu perds, t’es un perdant et ça, c’est plate.
Je crois même que peut-être aussi… à un certain point, c'est écrit dans notre génétique ?
Quand on y pense, l’homme n’a jamais vraiment pu se déposer dans sa vulnérabilité. Toujours équipé de son armure à combattre depuis des millénaires.
Bon ceci étant dit… Comment est-ce que je fais pour être vulnérable ?
J’ai commencé par regarder des vidéos de petits chats sur Youtube, je vous épargne les détails de cet échec.
Ensuite, j’y suis allé avec quelques vidéos de soldats qui reviennent de l’armée… oui succès, mais c'était forcé et prémédité…
Je suis un gars de compétition, je veux quelque chose de solide, de pure, come on, je veux me laisser aller… pour vrai.
Depuis quelques années, ma fiancée Justine et moi sommes sur la route de la guérison. Nous guérissons certaines blessures, certaines tâches laissées sur notre route lors d'événements de la vie qui forme qui nous sommes aujourd’hui.
Parfois ces événements peuvent être extrêmement bénéfiques et à l’inverse nous nuire dans l’humain que nous voulons être pour nous ainsi que les autres qui nous entourent.
Crédit Photos : Nathalie Godin
Je suis de ceux qui croient que guérir notre petit enfant intérieur est souhaitable dans notre seule vie humaine sur cette Terre.
Ce petit enfant qui, lorsqu’il était vulnérable, sans repère, sans information, sans connaissance, fragile, nouveau, influençable… Ce petit enfant s'est peut-être fait taper, brasser, abuser et j’en passe.
Nous avons la chance, je crois, d’être adulte un jour et de prendre responsabilité de notre enfant intérieur et la quête de sa guérison.
Ok…bon… le p'tit Gaby maintenant grand Gaby. Il a fait quoi lui pour pleurer un peu et être vulnérable ?
Il se rend dans une retraite d’homme.
No women, only men.
Testostérone ?
Non… Spiritualité, inconfort, pleurs et libération ?
Oui… En m’inscrivant à cette retraite, j’ai senti un désir au fond de moi : je voulais être sur place devant tous ces hommes et pleurer à chaude larme pour me sécuriser , me permettre d’apprendre à mon être que c’est ok d’être vulnérable en présence d’hommes.
Photo réalisé à l’aide de Gemini “Petit Gaby dans les bras de Grand Gaby”
Jour 1 pas de pleurs…
J’ai ri, entendu quelques histoires touchantes, fait un exercice de méditation.
Jour 2 on a parlé d’égo
Nous avons fait l'exercice de laisser aller certaines choses dans le feu. Toujours pas de pleurs…
Fin de journée du jour 2 … c’est arrivé subitement…
Comme si toutes les autres activités étaient venus remplir mon verre intérieur de larmes… nous étions assis en cercle, environ 10 hommes. Le guide nous a demandé de raconter notre enfance jusqu’à notre période adulte.
Le cercle de parole est parti juste à côté de moi en s’en allant dans la direction opposée pour que j’entende les histoires de tout le monde avant de raconter la mienne.
Hum qui a planifié ça ?
Chacune des histoires des autres hommes ont fait grimper les larmes à mes yeux… L’un s’est fait abuser, d’autres battus, l'autre ses parents sont décédés, un autre intimidé et j’en passe. J’ai éclaté en pleurs comme je n’ai jamais pleuré autant de ma vie d’adulte… les chutes du Niagara … je ne m’attendais pas du tout à ceci… Je croyais que mes pleurs allaient plus être du sentiment de victime ou de libération.
Non… j’ai pleuré de gratitude envers ma vie…
J’ai remercié la vie de m’avoir permis une jeunesse pas si pire que ça finalement. J’ai reçu de l’amour, j’ai eu des parents qui voulaient le meilleur pour moi, j’ai eu la chance de manger lorsque j’avais faim et j’ai été entouré lorsque j’avais froid…
Rien n'était parfait, mais je peux vous dire que c’était pas mal plus parfait que ce que j’entendais des histoires des 9 autres hommes…
Me voici aujourd’hui pas pentoute “guéris".
Je suis encore sur le chemin. Il en reste à faire. J’ai le sentiment dernièrement d’être plus en sécurité, j’ai moins peur de dire aux autres que je les aime avec authenticité, je fais moins les choses avec urgence et je déguste plus les émotions qui montent en moi.