Quand un rêve « irréaliste » trouve enfin sa place : ma première fois à la télévision

Chaque début d’année, je fais toujours le même exercice.

Je m’assois, je prends un cahier, et j’écris 111 objectifs pour mon année. Je fais cet exercice pour me challenger et entraîner mon cerveau. Je fonctionne avec trois catégories bien distinctes.

Il y a les objectifs prévisibles.
Ceux que je sais qui vont arriver, tout simplement.

Il y a les objectifs possibles.
Ceux qui demandent de la constance, plus de structure, plus de sorties de zone de confort. Mais que tu sais très bien qui peuvent arrivés.

Et il y a les objectifs audacieux.
Ceux qui n’ont pas de plan clair. Pas de chemin précis. Pas de mode d’emploi. Juste un rêve fou, assumé, écrit sans me restreindre.

Et paradoxalement, ils finissent par se réaliser.

Au début de 2024, dans cette fameuse colonne des objectifs audacieux, j’avais écrit ceci :

Être invité à parler de mon expertise dans des émissions pour faire rayonner les finances.

Je n’avais pas écrit « faire de la télévision ». Je n’avais pas écrit « animer une émission ». J’avais simplement écrit un rêve, sans chercher à le rationaliser. À ce moment-là, je ne le savais pas encore, mais ce rêve venait tout juste de commencer à prendre forme.

À cette période-là, je faisais partie d’une cohorte de coaching. Un espace d’échanges, de développement du leadership, de réflexions entre entrepreneurs. Un endroit où je me présentais sans masque, sans image à maintenir, sans pression de performance. Surtout les vendredis matins, en virtuel.

Je parlais comme je suis. Avec mon énergie, ma spontanéité, ma vulnérabilité aussi. Parce que dans ces espaces-là, on ne porte pas de masque.

Ce que je ne savais pas, c’est que quelqu’un observait attentivement.

Caroline.

Elle remarquait mes interventions, ma façon d’aborder les sujets, mon aisance à expliquer, à vulgariser, à connecter. Moi, je n’y pensais même pas. J’étais simplement moi-même. Puis un jour, elle m’écrit. Elle me propose qu’on se rencontre, qu’elle a un projet à me parler.

Assises l’une devant l’autre, elle commence à me parler d’un projet de télévision sur les finances. Elle m’explique sa vision, l’intention derrière le concept, le ton qu’elle souhaite donner à l’émission. J’écoute, curieuse, sans encore mesurer l’ampleur de ce qui est en train de se passer.

Puis, presque naturellement, comme si la question allait de soi, elle me regarde et me lance :

— « T’as-tu déjà pensé faire de la télévision? »

J’ai ri.

Et sans réfléchir, j’ai répondu :

— « Toute ma vie. »

C’était dit sur un ton léger. Mais vrai. Parce que communiquer, expliquer, vulgariser les finances, c’est au cœur de ce que je fais depuis toujours. Je n’avais juste jamais osé mettre une forme aussi concrète sur ce désir-là. Et à ce moment précis, tout s’est aligné.

Quand j’ai accepté d’embarquer dans le projet, je ne mesurais pas encore tout ce que ça impliquait. Et entre deux rencontres, j’ai appris que j’étais enceinte.J’en ai parlé avec Caroline tout de suite. Sans détour. Parce que pour moi, la transparence est non négociable.

Je voulais savoir si, malgré tout, elle souhaitait toujours aller de l’avant. Sa réponse a été claire. Oui.Parce qu’on partageait la même vision.

Parce qu’elle croyait profondément au pouvoir des femmes. Parce qu’une femme enceinte à la télévision, dans un contexte professionnel qui parle de finance, ça envoyait aussi un message fort. Sans même m’en rendre compte, je venais de dire oui à un rêve audacieux… sans attendre que toutes les conditions soient parfaites.

Très rapidement, la réalité nous a rattrapée.

Ce projet-là n’était pas simplement une coanimation. C’était une création complète, de A à Z. Le concept, la structure des épisodes, les sujets, les scripts, les questions, les invités, les partenaires, l’image… L'essence même de l’émission.

Deux entrepreneures. Deux mamans. Un échéancier serré. La première pratique a été brutale. Un vrai choc, car c’était un échec…

Malgré toute la préparation, ça ne fonctionnait pas. Le rythme était difficile à trouver. Les transitions étaient maladroites. On cherchait notre place. On doutait. Et comme si ce n’était pas assez, le producteur en chef m’a fait une remarque sur mon langage, mon accent, ma façon de m’exprimer. Selon lui, ce n’était pas assez « télévisuel ».

Sur le coup, ça m’a frappé. Je suis conférencière, formatrice, communicatrice. On me reconnaît pour mon authenticité, ma transparence, ma façon directe de parler. Me faire dire que ma manière naturelle ne correspond pas aux standards attendus, c’était déstabilisant.

Changer pour entrer dans un moule?
Me dénaturer?
Impossible.

J’ai choisi d’ajuster sans me trahir. De rester fidèle à qui je suis, tout en apprenant à naviguer dans un nouvel environnement. L’inconfort était réel, mais il m’a solidifiée.

La première journée de tournage

La veille du premier enregistrement, j’ai très peu dormi. J’étais enceinte de 22 semaines, et le stress se vivait différemment, plus intensément. Honnêtement, j’ai rarement sortie autant de ma zone de confort… et je suis pourtant assez habituée! 

On n’avait pas de maquilleuse. Pas de coiffeuse, personne pour nous aider avec la création de contenu. Car normalement, on doit avoir ça sur un plateau de télé. Mais on avait une détermination solide.

Et contre toute attente, tout s’est bien déroulé.

Trois émissions tournées en une seule journée. On était épuisées, mais profondément fières. La semaine suivante, on recommençait avec trois autres émissions. Cette fois, avec plus de confiance. On savait maintenant qu’on était capables.

Quand un rêve prend racine

La première saison comptait six épisodes. Une saison pilote. Une saison d’essais, de dépassement, d’apprentissage.

Et pourtant, le diffuseur a embarqué. Une deuxième saison. Puis une troisième.

Entre-temps, ma réalité a encore évolué. Un bébé de trois mois, allaité exclusivement. On a ajusté mon rôle : introductions, mise en contexte, réseaux sociaux, entrevues en coulisses.

Et honnêtement?
C’était parfaitement aligné.

Cette expérience ne m’a pas transformée. Elle a confirmé ce que je savais déjà au fond.

Les rêves audacieux méritent d’être écrits et ne sont jamais trop audacieux.

On a pas à rationaliser et comprendre comment ils vont arriver. Que l’inconfort est un signe de croissance. Et dire oui avant d’avoir toutes les réponses ouvre des portes qu’on ne peut même pas imaginer.

Je n’ai pas « eu la chance » de faire de la télévision.

J’ai créé l’espace pour que ça arrive.

Parce que quand on écrit grand, quand on ose se choisir, la vie finit toujours par répondre.

Jade Cantin pour Vent de Fraîcheur

Entrepreneure, conseillère en sécurité financière, en assurances et en rentes collectives. Copropriétaire de Cantin Cabinet Conseils et leader engagée, elle accompagne les entrepreneurs et PME dans la protection financière, les assurances et la planification stratégique. Présidente du Regroupement des jeunes courtiers du Québec, elle s’implique activement pour propulser la relève et démocratiser les finances à travers les médias, le mentorat et le leadership féminin.

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