31 octobre 2020, en plein confinement, les lueurs des lampadaires des ruelles du vieux St-Rose éclairent mon pas pressé et apeuré.

Je suis mon père qui est en beau T*b*rnak. Tout me semble flou. Mais comment avons-nous pu en arriver là ?

Ce qui devait être “un beau projet qui crée des moments magiques” était en train de mettre mon père et moi en danger. Je signale les 3 numéros d’urgence 9-1-1.

“Désolée mademoiselle, tous les policiers du quartier sont occupés à surveiller que les gens respectent bien les consignes de la Covid-19. Nous pourrons vous envoyer un agent après 20h.”.
Je regarde l’heure… 18h quelque.

Du haut de mes 24 ans et de mon impuissance, je respire et j’espère que tout va finir correctement. On continue de marcher, puis on perd sa trace.

On perd la trace d’un individu de 6 pi 3 qui sortait tout juste de prison, qui se faisait appeler “Big Jack”* et qui avait élu domicile dans le local commercial que j’avais choisi de louer avec tout le courage et l’ambition du monde quelques mois plus tôt.

*Nom ajusté à des fins de confidentialités

Fin Mai 2020 : Avant que les cônes orange apparaissent

Fin Mai 2020 : Avant que les cônes orange apparaissent

23 ans, mon beau veston, mes cheveux coiffés, me voilà en direction de la signature du nouveau chapitre de ma vie : celui de signer mon tout premier bail commercial. Ça y est. Je vais enfin passer de “envahir mes parents avec un 3 e frigo dans leur salon” à “Cuisiner dans une vraie cuisine et servir encore plus de gens”.

C’est en février 2019 que j'ai remis ma démission dans un service traiteur où je travaillais déjà depuis 2 ans et demi pour me lancer comme “cheffe à domicile”. 

Honnêtement, les choses allaient mieux que ce que je ne le croyais. Je bénéficiais d’un bon réseau dû à mes années chez Tupperware et j’attirais de plus en plus de contrat à moi. Si bien que je louais une pièce chez l’un de mes amis pour stocker et cuisiner les aliments. Puis notre relation amicale s’est effritée et je devais me “revirer de bord” pour continuer à honorer les contrats, c’était en janvier 2020, tout juste après les fêtes qui avaient été assez intenses.

C’est là que l’idée de cuisiner “temporairement” chez mes parents est apparue.

Un ou deux mois maximum, le temps de me revirer de bord et trouver soit un appartement (car j’étais retournée habiter chez mes parents suite à ma séparation de 2018) ou encore un petit local… On laissait ça dans les mains de l’univers.

Quand l’univers décide autrement un … 13 mars 2020

Quand l’univers décide autrement un … 13 mars 2020

Fermeture de tout. Confinement. Masque. Insécurité financière. Tu te souviens ?
Pas tant le timing idéal pour m’en aller habiter seule ou encore moins de louer un local commercial… Avec l’accord de mes parents, on prend la décision que je vais continuer de cuisiner “mes petits plats” là-bas… En ayant clairement sous-évalué les contrats qui allaient rentrer.

Faire garder mes carottes pour stocker des boîtes à lunch

150, 250 … 300 boîtes à lunch se sont fait commander. Oups. Et ce à quelques reprises. L’univers m'avait envoyé de beaux contrats, faisant travailler des amis et ma famille durant ce drôle de temps. Tellement de commande à livrer que les 3 frigos débordait ne nous laissant que d’autres choix que de faire garder mes surplus de carottes et patates chez des voisins bien gentils. Allo le système D.

Ça ne pouvait clairement pas être une solution à long terme et je voyais bien qu’il y avait une augmentation de la demande, j’ai donc rédigé mon plan d’affaire et j’étais prête à ouvrir le prochain chapitre avec beaucoup de cœur au ventre, mais aucune ressource financière.

Le banquier maison : Mon petit frère

Mon frère avait 19 ans à l'époque, il travaillait en plus des quelques primes envoyées ici et là par le gouvernement, bref, avec tous les magasins fermés, il s’était ramassé une belle cagnotte. J’ai donc pilé sur mon égo pour demander que mon frère m’aide financièrement pour démarrer mon projet “le temps que j’accède aux prêts entrepreneuriaux”.

Je signe le bail et me voilà prête à rénover un local, équipé le tout et faire “rouler ça” mes amis.

Architecte, Avocat et Acharnement


Plan d'aménagement et consultation avec des avocats en droit des affaires ne sont que quelques-uns des investissements financiers que j’ai fait pour pouvoir mener ma vision à terme. J’étais acharnée. Je voulais réussir à tout prix… voyant mon projet prendre une ampleur complètement disproportionné de jour en jour… Au départ, j'estimais un investissement de 50 000 $ puis, plus le temps avançait, plus la somme se rapprochait de 125 000 $ ouch.

Qui allait bien vouloir financer une fille de 23 ans qui habite le sous-sol de chez ses parents et qui a comme seul actif (ou presque) un blender Kitchenaid offert par sa marraine ?

L’été avançait et aucun travaux de réellement entamé,

rien sauf quelques traits de crayons au plancher, du tape vert pour voir les divisions… J’avais beau visualisé et demander “à la vie de m’aider”... Toujours rien.

Un trousseau de clé qui change la route.

Un trousseau de clé qui change la route.

“Justine j’ai oublié mes clés, me prêterais tu les tiennes?”
“Mais bien sûr, j’en ai plusieurs sets”

J’étais loin de me douter que mon porte-clé rose allait tourner cette histoire de local commercial au vinaigre. J’ai peut-être été naïve, mais j’ai fait confiance à “mon voisin de local” en lui prêtant mes clés… sans m’imaginer la suite.

Sacs de poubelles, gaming et matelas soufflé

C’est quelques jours plus tard, vers la fin octobre, qu’à 20h00 le soir, je suis arrêté à “mon local” et que quelqu’un m’a ouvert la porte en me disant “Est-ce que tu es le Uber Eat?”

J’ai figé… Mes yeux sont devenus plus ronds que la terre “Euh, non pas Uber Eat, en fait, c'est mon local, que fais-tu chez nous ?”

“Ah je savais pas, enchanté, moi c’est Big Jack, mon ami, c'est ton voisin et il m’a dit que tu acceptais que je reste ici quelque temps”.

PARDON.

Je ne me souviens plus de mes mots exacts, mais je sais que je refoulais mon bouillonnement de colère. Je me sentais à la fois apeurée et coincée. J’ai pris les objets que je venais chercher en vitesse, le temps d'apercevoir une télé 42 pouces, un matelas gonflable, mes plats salis de sauce à spaghetti dans le fond du local et une dizaine de sacs poubelle… En plus de l’odeur nauséabonde d'égout qui émanait.

Je suis entrée dans mon auto, j’ai appelé Gabriel que je venais tout juste de rencontrer quelques mois auparavant en étant pleine de panique, il m’a rassuré et je suis rentrée chez lui.

Je n’ai pas appelé la police à ce moment. J’ai seulement envoyé un texto à “mon gentil voisin taquin” en lui demandant poliment que son ami “décr!ss de chez nous”.

Ma demande n’a pas été écoutée, Papa voulait s’en charger

Ma demande n’a pas été écoutée, Papa voulait s’en charger

“Let’s go, on va régler ça”

C’est en fin de journée que mon père et moi, on s’est rendu au Local, se faisant encore une fois “accueillir” par l’imposant colosse. Mon père était calme, il lui posait des questions, puis le ton a monté et “Big Jack” a pris la fuite par la porte de derrière, mon père lui courant après.

Mon téléphone à la main, la police qui n'offrirait pas les ressources nécessaires et finalement…

Une boîte de croquettes de poulet

Quelque part dans notre chasse à l’homme, j’ai texté Gabriel qui nous a demandé si on avait faim… Il est arrivé avec des boîtes jaunes de chez St-Hubert, rencontrant pour la première fois mon père. Un vent de légèreté dans cette soirée qui avait bien brassé.

Et la suite ?

Et la suite ?

J’ai tenté de porter plainte à la police qui m’a nommé que “c’était de ma faute d’avoir donné mes clés”, donc il ne pouvait rien faire. J’ai également écrit au proprio qui m’a demandé de changer les serrures et de m’assurer que ceci ne se reproduise pas.

Bien que mon rêve d’avoir mon entreprise était toujours vivant, je n’avais plus envie d’élire domicile commercial à cet endroit. Je ne me sentais ni en sécurité avec “mon voisin taquin” ni rassuré par le proprio et encore moins par la police de quartier. Je me sentais seule, impuissante et déroutée devant cette situation à tout juste 24 ans.


Briser son bail, piler sur son égo et passer à autre chose

Mon nouvel amoureux voyait mes yeux de chevreuil égarés. En bon monsieur solution qu’il est, il m’a offert deux cadeaux incroyables : un livre intitulé À deux pas de l'or et la possibilité de me soutenir financièrement pour payer les frais d’avocat.

Dans le livre, une phrase  m’a secoué “Parfois, nous montons la mauvaise échelle, on pense que l’on avance, alors qu’en fait, on s’éloigne encore plus de notre échelle à nous”.*

*citation écrite de mémoire.

Ça a eu l'effet d’une claque au visage.

“Suis-je réellement sur mon échelle ?”

“Et si toutes les difficultés rencontrées (Le délai pour obtenir les prêts, l’attente pour les permis de Rénos, Big Jack) n’étaient qu’en fait des cônes oranges pour me rediriger sur MA route, sur MON échelle).”

Quand je repensais à mon plan d’affaire, je voyais la vision court terme (le local), moyen terme (des cours de cuisine pour enfants), la vision long terme (des livres, des conférences, un blogue et des cours en ligne)...

Est-ce que la vision court terme était réellement nécessaire à mettre dans la matière … ou simplement un chemin connu que j’avais choisis d’emprunter ?

J’ai fini par briser mon bail commercial avec somme toute une entente raisonnable… Ç'aura duré un an en tout (jusqu’à mai 2021) avant de pleinement couper la corde qui me liait invisiblement à “mon voisin taquin”.

Je me suis souvent dit “qu’un jour ça ferait une bonne histoire à raconter”. Une histoire qui m’aura appris sur moi, sur ma capacité à recevoir de l’aide, à piler sur mon égo et surtout à continuer d’avancer.

J’aurais pu arrêter l'entrepreneuriat. Me dire “c’est trop pour moi” et retourner travailler pour ne plus jamais penser à “mes rêves” et pourtant non.

Ce chapitre de ma vie m’aura forcé à ralentir. C’est là que la méditation s’est invitée dans mon quotidien. À reconnaître les relations qui demeurent même quand tout s’effondre, à comprendre que prendre soin de moi n’était pas du luxe, mais une question de survie et surtout à créer autrement.

Avec le recul, je comprends que ce bail n’était pas une erreur. C’était une ouverture vers une conscience différente, un regard plus vrai et franc envers ce que je voulais réellement, sans cette expérience, je ne pense pas que j’aurais eu le courage de me regarder avec tant de vérité.

Une façon très concrète de m’apprendre que bâtir sa vie ne commence pas toujours par le monde matériel, mais par des choix intérieurs.

Que toutes les premières fois ne sont pas là pour être “réussies”, mais pour être vécues.

Si je partage cette histoire aujourd’hui, ce n’est pas pour parler d’un échec. C’est pour nous rappeler que parfois, ce qui semble s’effondrer, c’est simplement l’univers qui conspire pour retirer de notre chemin, ce qui nous empêche de pleinement être soi.

Oser vivre, pour moi, ça a commencé le jour où j’ai accepté de descendre de la mauvaise échelle… sans encore savoir exactement laquelle j’allais monter ensuite.

Et surtout me laisser bercer par les diverses opportunités que la vie allait mettre sur mon chemin : voyages, chronique radio, conférences, écriture, atelier de cuisine pour enfants et plus encore.

Je ne m’étais pas trompée sur ma destination, seulement sur la manière de m’y rendre… heureusement que les cônes orange existent…

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Justine Reid pour Vent de Fraîcheur

✨ Visionnaire Créative & Spirituelle : Conférences | Animations | Coachings | Accompagnements | Direction Artistique | Rédaction

Femme aux multiples talents, dotée d'une vision créative et spirituelle magique, elle explore des thèmes tel que le corps, les relations humaines, la santé mentale, la méditation, la cuisine conscience, le voyage et bien plus encore. Blogue, WebSérie, Conférences, Podcast, Livres... tous les moyens sont bons pour Justine afin de transmettre des messages puissants qui transforment.

Elle rassemble désormais l'ensemble de ses projets sous un seul et même toit : La Maison Intuitive et Créative Vent de Fraîcheur, cofondée avec son amie, la magicienne Nessa.

Le but : créer une maison virtuelle où l'énergie circule. Un blogue haute fréquence qui connecte les âmes ensemble et favorise la guérison du cœur.

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De la poussière d’idée à la réalité